L'entrée du village de Lagnes. Vaucluse

Le chemin est réel et symbolique à la fois. allégorie du mouvement pour faire la route, comme un besoin, comme une urgence, pour ne pas oublier les paysages, les visages et les mots de mes rencontres.

Il n’y a rien de glorieux ou d’exceptionnel ; comme beaucoup j’aime le dépassement physique et la transpiration qui peut en découler. Je cours trois fois par semaine. Peu ou prou. Sauf quand la grippe me prend ou que je me suis blessée. Sinon rien ne parvient à m’entraver. Ni la pluie, ni la canicule. Pas plus la neige ou le vent. Les sensations s’en trouvent un peu altérées, mais la satisfaction tirée se nourrit aussi de la difficulté dépassée.

Je ne me soustrais pas à ce rituel surtout à l’autre bout de la France ou du monde : j’essaye toujours de chausser mes baskets pour partir à la découverte des terres nouvelles. Rien ne m’est plus heureux que de découvrir une ville ou une portion de campagne à hauteur d’homme dans l’effort de mes pas. A vélo, en marchant ou en voiture l’on ne vivra jamais une révélation similaire à celle qui peut vous inonder à l’exercice de la course à pied.

« La fabrication de l’endorphine y est pour beaucoup »

disent les plus grincheux et les anti-sport de religion sans doute rassurés de ne voir dans cette pratique qu’une simple addiction.

Les glandes surrénales habituées à décharger apportent cette satisfaction tranquille dont on se plait à vendre les mérites. Mais les bulles de bonheur résident dans l’opportunité de s’extraire du monde et de ses tourments. Une sorte de parenthèse magique, mélange de « hors sol » et de propulseur qui accélère le recul prompt à trouver des solutions aux choses qui semblaient encore inextricables avant d’emprunter la tenue ad hoc. 

Boudha et son ombre, un symbole de la méditation vécue sur des kilomètres de footing
L’ombre de la statue de Boudha pour accompagner les kilomètres parcourus en forêt, en campagne, en bord de mer.

Ces pas successifs, ses séquences répétées, cadencées mènent à la méditation. Ils sont également emblématiques. Autant de ce que l’on trouve dans le mouvement codifié que dans la capacité à s’imprégner de son univers renouvelé. Ouvrir ses yeux, ses oreilles, son nez à tous les stimuli pour atténuer sa propre présence et se confondre dans le cosmos. Donner de soi, recevoir et s’enrichir dans les sons et l’harmonie de son environnement.

Du printemps à l'hiver. Les 4 saisons vues au même carrefour des Fontenelles, dans la forêt de Réno.
La Forêt de Réno-Orne. 4 saisons au carrefour des Fontenelles

Le chemin peut être symbolique ou réel. Intérieur ou dans le monde du dehors. Il se nourrit autant des chemins visités que des rencontres auxquelles il invite. Il est une allégorie du mouvement dont j’ai de plus en plus besoin à mesure que passent les années. Comme si la liturgie à laquelle j’ai sacrifié ces heures était un purgatoire. Comme si les kilomètres parcourus n’étaient qu’une préparation à en découvrir davantage. Comme si l’entrainement n’était qu’une étape, un diplôme sanctionnant des acquis qui ouvrent vers la permission à enfin sortir de la forêt. Et découvrir.

Des kilomètres qui en appellent d’autres

Pourtant ces kilomètres parcourus, longtemps satisfaisants comme éléments de méditation favorisant le voyage, aujourd’hui ne suffisent plus. Ces arpents, ces taillis une ou mille fois visités en appellent d’autres.

Jamais j’ai eu autant envie de prendre la route, m’éloigner du terrier, de son humus. Avancer. Libérée pour m’adresser à des gens que je ne connais pas. Et leur parler. Les interroger et les écouter comme on suit du doigt les contours de leur visage pour ne plus jamais oublier leurs traits. Entrer dans leur espace, leur intimité, la fertilité de leur engagement ou de leur foi de citoyen du monde.

Le sentiment d’urgence à l’épreuve du Covid19

Réaliser que cette mue est devenue un objectif, une urgence personnelle au moment même où se préparait la plus grave pandémie connue de mémoire d’humains vivants est cocasse. L’urgence connaîtra quelque retard donc. En attendant, admettre l’immobilité, le départ différé, est déjà un voyage sur le sentier de l’impatience.

Vallées du Perche.
Sortir, prendre la route.

Interpréter le signal n’est pas inutile parfois. Mais bloquer 4,5 milliards d’humains pour me faire accepter de reporter mes billets d’avion était peut-être un peu excessif. Je n’en demandais pas tant pour comprendre qu’il est nul besoin de passer les océans pour s’enrichir de l’autre. Je trouverai donc des sentes à explorer dans un rayon de 100 km d’abord et attendrai ensuite de savoir si je peux élargir mon horizon pendant l’été !

En attendant de savoir si deuxième vague de Covid 19 il y aura, et quand elle interviendra, je vais sillonner mon territoire, mon pays, et accepter de bonne grâce de participer à l’effort du patriotisme économique.

mots, images et posts

Ce blog, revu et corrigé par une graphiste faiseuse de sites, avec un titre repensé par celle qui avait déjà été à l’initiative du premier, est un hôte précieux. Il m’offre un accueil sans masque de mes découvertes, de mes rencontres, des kilomètres que je parcours, où qu’ils se trouvent. Au bout de mon pré, au carrefour à côté, au milieu des forêts, au coeur des vallées ou des montagnes. « mes mots », « mes images » accueillent les partages des émerveillements ou des indignations de mes explorations, de mes rendez-vous. « mes posts » sont le résultat de mes trouvailles sur la toile, souvent la nuit. Et qui, avec humour souvent ou compassion, racontent aussi du monde qui nous entoure. Avec Jill sur le logo, cette url « Chemins-Faisant » vous souhaite bienvenue.

 

La campagne nous a donné une jolie leçon de bienveillance et de sécurité durant cette crise sanitaire.

A mesure que le 11 mai approche, le soleil se fait plus timide. Les nuages, voici encore quelques heures éparses, structurés et joliment cotonneux comme sur les tableaux de Boudin, se sont rapprochés et ont perdu toute profondeur de champ. Il est 19h ce 8 mai, le beau temps a craqué et cédé aux incantations des prévisions météo. Il s’est rendu, il a capitulé. Et le mercure du thermomètre a beau afficher encore un fier 19 degrés par réflexe des heures passées, les celsius lâchent prise et quittent le champ d’une bataille perdue d’avance à quelques heures des Saints de glace.

Encore lovée dans une chaise longue, armée d’une veste qui n’a rien à envier aux heures les plus sombres de l’hiver, avec mon ordinateur sur les genoux, j’ai détourné mes pas du monde qui me paye et gagne celui qui me cache. Les heures tournent.

Encore lovée dans une chaise longue, armée d’une veste qui n’a rien à envier aux heures les plus sombres de l’hiver, avec mon ordinateur sur les genoux, j’ai détourné mes pas du monde qui me paye et gagne celui qui me cache. Les heures tournent.

on est prêt car depuis longtemps on le prépare ce jour

Dans la rue qui longe la grille, l’ambiance n’est plus la même. Les masques n’ont pas encore conquis tous les visages des promeneurs, mais ils sont dans toutes les conversations. La mine des marcheurs, des cyclistes, voire des rares automobilistes affichent aussi une décontraction qui gagne leurs zygomatiques. Le compte à rebours égraine le temps jusqu’à lundi. Dans cette petite ville percheronne tranquille, on est prêt car depuis longtemps on le prépare ce jour, ce putain de déconfinement.

tout le monde s’est retroussé les manches

Une économie de guerre se plaisait-on à rappeler dans les journaux télévisés pour donner de la résonance aux discours de gestion de crise des politiques voici deux mois. De ce que j’ai vu moi, rien de tout cela n’occupait l’esprit de ces paisibles habitants quand ils se sont retroussés les manches. Quand les petites usines ont modifié leur fabrication originelle pour produire et distribuer en priorité aux personnels de santé du quartier ce fameux gel désinfectant qui faisait tant défaut sur tout le territoire. Quand celles et ceux qui savaient coudre se sont spontanément réuni.e.s pour créer en urgence une association et enchainer la fabrication de ce qui restera l’atour de l’année 2020 à n’en pas douter : le masque en tissus. Pour en parer d’abord tous les anciens du coins, avant que d’en ouvrir la distribution à toute la population du bourg. Quand les élus de la ville, premier magistrat en tête, se sont mobilisés pour simplifier les démarches administratives, orchestrer les partitions qui voyaient le jour et assurer ses missions d’aide avec rigueur et conviction. Quand enfin, les initiatives plus personnelles ont fleuri deci et delà pour laisser le moins possible de gens sur le bas côté de cette quarantaine inédite. Parce que à 10000 âmes, c’est un gros village où tout le monde se connait peu ou prou, via un relai, deux au plus.

la revanche des campagnes

Une jolie leçon de bienveillance, de proximité comme la campagne sait en donner. Loin, bien loin, des campagnes militaires dont on nous repaissait les oreilles au début de la crise. Une façon aussi de prendre sa revanche sur les grandes villes dont les lumières ont tant fait rêver. La revanche de ces coins perdus, de ces zones grises, parfois oubliés que les citadins parent aujourd’hui de toutes les vertus. Parce que deux mois assignés à résidence ne pèsent pas pareil là où poussent les feuilles sur les arbres, là où l’on peut s’aventurer le matin pour boire son thé sur le perron, ou le pignon, orienté à l’est. Les jours s’éclairent bien utilement quand l’heure de marche permet de déambuler au son des oiseaux profitant autant de l’ombre que du soleil, là, dans le creux d’un pré où les grillons confinent avec ou sans Covid-19.

par la force des baïonette

C’est bien à tout cela que je pense à cet instant. Bien sûr j’ai travaillé, et beaucoup. Bien sûr j’ai respecté les règles avec l’entrain du bel ouvrage exigé. Mais j’ai surtout et avant tout goûté à ce repli forcé, vu les avantages et non les inconvénients dans l’établissement de nouveaux rituels. Et aujourd’hui la perspective de la ruée au dehors, ordonnée à mes contemporains, me donne envie de creuser des tranchées et faire chauffer l’huile en me préparant à crier avec 130 ans de retard, que je ne sortirai de là que par la force des baïonnettes. Je veux pas déconfiner en fait. Plus exactement je ne veux pas repartir comme avant à l’assaut du mouvement comme si ma vie en dépendait. Je sais que l’entreprise qui me paye a fixé un moratoire d’un mois. Mais même ainsi, la reprise, aussi progressive qu’elle puisse être, ne garantie rien. Ni la mémoire collective des engagements de tirer des leçons, de transformer les pratiques explorées, ni de tourner le dos aux errements moultes fois décriés. Le confinement n’a pas eu que des effets heureux. Toutes les populations fragiles, au premier rang desquelles, les femmes, les enfants et les homosexuels ont bien morflé comme victimes enfermées avec leurs bourreaux. Les sans grades ont pris des risques pour assurer l’essentiel des plus privilégiés. La sortie de la réclusion épargnera moins les premiers que les seconds comme d’habitude. Tout cela je le sais.

Mais je veux pas déconfiner aussi parce que l’inertie du vieux monde est plus forte que les émerveillements innocents de celles et ceux à qui la parole est facile et l’inconfort du changement aussi difficile que synonyme de sacrifices plus grands. Je ne veux pas non plus me retrouver au milieu de la foule et de son bruit vide de sens. Je veux me satisfaire que le temps nous a appris pour nous mêmes et les autres, les suivants et profiter à titre personnel de ses enseignements. J’avoue, j’ai des doutes. Comme au poker, je veux voir.

En attendant, je ne veux pas déconfiner .

L’histoire des crèches reprend de la tonicité…. et avec elle son cortège de cris des bien-pensants, vilipendeurs professionnels de tout ce qui touche de près ou de loin au gouvernement de gauche et des effarouchés cathos tradis…

Tous retrouvent de la vigueur, époque de l’année oblige. C’est n’est pas en plein mois d’aout quand tout le monde se dore la pillule au soleil me direz vous que le sujet peut buzzer. C’est vrai. néanmoins, c’est reparti pour un tour… Je n’en peux plus. Comme j’ai réagis à un post en ce sens ce soir, voici ma réponse.
» N’importe quoi ! On peut fêter l’hiver (peu ou prou cette fête correspond aux dates de la fin de l’automne). On peut même fêter noel, une fête de la fraternité… Et pourquoi pas fêter la naissance du fils de Dieu si l’on y croit…. Mais ce n’est pas une raison pour imposer des crèches, symbole religieux dans des lieux républicains donc laïcs. Cf la loi sur séparation de l’église et de l’état. Il a fallu 5 ans pour la voter à l’époque. C’est dire si les résistances étaient fortes. Le problème c’est qu’elles le sont encore beaucoup -trop.
Mais de grâce, à tous ces agitateurs bruyants : il s’est passé plus d’un siècle depuis ce jour heureux ou pour une fois le goupilllon devait en rabattre… et deux guerres sur notre sol. Il s’est produit également deux ou trois petites choses quand à la lutte des droits individuels et collectifs.
Quelles que soient mes croyances ou non. Mes idées ou non sur le sujet… je ne suis pas obligée de me talquer celles des autres. Raison pour laquelle (la première, s’il n’en fallait qu’une) je devrais imposer les miennes aux autres… Et puis vu ce que les religions charrient de morts, d’intolérance, de racisme et autres avatars plus coquets les uns que les autres, perso j’en ai soupé…. Et que vous bouffiez de la gauche le matin, le midi et le soir…. ce n’est pas une raison pour oublier ou pire, faire fî des principes élémentaires de la République.

22 ans dans le quartier, et 15 dans cette maison. Un rendez-vous, une Etude notariale chic et élégante du haut XVIè arrondissement de Paris, des initiales au bas de quelques dizaines de pages, copies comprises, et deux signatures plus tard…

Une page tournée, la fin d’un livre à remiser dans une bibliothèque. Après une nuit riche de rêves, ce matin, la gueule de bois sans absorption de degrés volumétriques.
« C’est étonnant qu’il ait fallu attendre hier pour que tu le vives difficilement. Cela fait des mois que tu as pris la décision. Et je pensais que tu avais besoin de mouvement… »
Oui, c’est vrai j’avais besoin au moins de dépasser cette date. Assez aussi d’attendre. Et puis le mouvement est dans l’ordre des choses. Par définition surement. Ne prête t’on pas à Boudha ce mot juste « il n’existe rien de constant, si ce n’est le changement ? »

Mais ce n’est pas un tout sans nuances. La logique de mouvement est un passage obligé et la vie s’est chargée de m’orienter selon un dessein connu d’elle seule et de ses facéties. Sans pour autant modifier un quelconque plan de carrière, car pour cela encore aurait-il fallu qu’il existât. Sa dernière plaisanterie m’a conduit à prendre le maquis au vert professionnel voici 4 ans après une mise au ban violente et agressive. Face à autant de signaux, il eut été folie et injure à la vie de ne pas entendre. Et la vente de la maison fut décidée.
Oui, la décision était prise voici longtemps. Et il y a eut les travaux de propre, les visites, les négociations, un accord de principe, le compromis enfin. Des papiers à fournir… Une date difficile à caler et même un rendez-vous accepté l’avant veille, aux relans de passage de témoin. « L’interrupteur commande cette prise. Le parquet est vernis mat et une serpillière bien essorée suffit… La grille c’est un coup à prendre, mais attention le maniement est dangereux… ». Une musique. Un orgue de barbarie.
Mon ami d’enfance, notaire de son état et attaché au temps qui passe, soucieux de l’histoire est venu. Aimant, protecteur pour les souvenirs d’ailleurs. Professionnel pour la signature.
Hier, une ouateuse matinée de printemps, les phrases parviennent assourdies, les mouvements se décomposent au ralenti face à mes yeux pourtant grands ouverts mais rougis par l’assaut de pollen. Je suis si loin. Aujourd’hui, un réveil avec des douleurs partout ; comme passée sous le rouleau compresseur de la mémoire.
« Et j’ai vraiment cru que tu voulais que cela aille vite. » Ben oui un peu comme une purge à prendre, une cuillère d’huile de foi de morue, de ces potions imbuvables chères à la littérature enfantine de nos parents… On ne va pas traîner non plus ; c’est fortifiant, pourquoi ne pas le croire ? Mais et puis quoi ? on ne va pas en redemander un peu de la mixture pour être sure de ne pas se tromper ? C’est la raison pour laquelle, j’ai profité aussi que d’autres fassent l’article de la maison. Tellement ravie d’être loin pour éviter les relevés de compteurs. Si satisfaite de l’urgence de l’acheteuse… Comme si sa vie en dépendait. D’ailleurs je ne la connais pas, peut être que sa vie en dépendait finalement.

Poussée à le faire, ravie du rythme donné, puis ce matin sonnée. Malgré tout. Malgré le réalisme que la légende m’octroie.
Pas besoin d’être psy pour y voir la difficulté du passage à l’acte. La digestion difficile. On a beau se préparer, savoir que c’est un moment, un rendez-vous structurant, plier les genoux pour amortir le choc. On a beau avoir conscience d’une certaine relativité du choix, pressentir que partir c’est laisser de la vie, des morceaux, des souvenirs… On n’évite pas la collision. On se la prend, là, dans la tête. Bien au milieu. Avec des ondes en cercle excentriques qui se répandent et s’éloignent, comme en échos.
La porte qui se ferme, le déménagement, la nuit de fièvre auprès du poële, le départ de Boubou, la foison de roses couleur champagne et leur rosier qui croule sous le poids. Le départ aux urgences en pleine nuit avec ce phlegmon, maladie snobe parce que rare. Les matinées lumineuses d’été. Les retours de nuit sous la neige et ces rencontres avec des renards ou des belettes curieuses dans ce quartier à l’aune de la forêt si près de Paris. Les soirées entre amis hiver ou été, Papa qui s’éteint. Les fêtes, les invités assis dans les escaliers, les enfants qui viennent manger leur gouter dans le jardin. Les chiens qui jouent, le footing dans les allées forestières, les clopes allongées dans l’herbe du jardin. Pour remonter à cette journée où les potes réquisitionnés avaient porté les cartons. Une autre signature et plus loin encore ces promenades et le rêve de venir un jour habiter dans une de ces petites rues calées entre ville et campagne. Construire, toujours. Avancer, encore.
Aujourd’hui pour la première fois je n’ai pas grandi. J’ai vieilli.

christiane-taubira
christiane-taubira
christiane-taubira

Invitée à « On N’est Pas Couché », elle fut bonne, dense, si dense

Je suis allée chez le coiffeur voici deux semaines. Je sais que c’est une entorse, voire un sacrilège, puisque les Tibétains ne doivent pas connaître les ciseaux de leur vie.

Mais sur leurs montagnes, les Tibétains, ils ne s’ébattent pas dans une végétation touffue -rapport à l’altitude bien sûr- proche de celle que l’on rencontre dans les forêts du Perche. Avec un point culminant qui n’excède pas 300 mètres, les environs regorgent de ronces et autres muriers ou rosiers sauvages qui deviennent des geôles d’où on ne s’extirpe que par l’aide des humains de bonne volonté… Un exemple qui sent le vécu, vous l’aurez compris… Il y a bien comme un « Tribute to » Tibet in prison… Mais tout de même.

Avec ma soeur nous avons profité de la soirée de printemps pour une séance de pause photo…

l’un contre l’autre,

toute la nuit les amants restent.

Ils se tournent ensemble dans leur sommeil.

Proches comme les deux pages d’un livre.

Ils se lisent dans le noir.

Chacun sait tout ce que l’autre sait

Par coeur, de la tête aux pieds

EB

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître ;

tant de choses semblent si pleines de l’envie
d’être perdues que leur perte n’est pas un désastre
Perds chaque jour quelque chose. L’affolement de perdre

tes clés, accepte-le, et l’heure gâchée qui suit.

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

Puis entraîne-toi, va plus vite, il faut étendre

tes pertes aux endroits, aux noms, aux lieux où tu fis

le projet d’aller. Rien là qui soit un désastre.

J’ai perdu la montre de ma mère. La dernière

ou l’avant-dernière des trois maisons aimées : partie !

Dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître.

J’ai perdu deux villes, de jolies villes. Et, plus vastes,

des royaumes que j’avais, deux rivières, tout un pays.

Ils me manquent, mais il n’y eut pas là un désastre.

Même en te perdant (la voix qui plaisante, un geste

que j’aime) je n’aurai pas menti. A l’évidence, oui,

dans l’art de perdre il n’est pas dur de passer maître

même s’il y a (écris-le !) comme un désastre.

Ce poème a été traduit par Alix Cléo Rouaud, Linda Orr et Claude Pouchard.

Une Dame est partie. Une soeur qui nous a raconté une partie du monde avec finesse et élégance. Loin, si loin des codes que nous connaissons, et subissons, aujourd’hui.

Une dame est partie et avec elle une partie des souvenirs d’adolescence de ma génération. Une dame qui permettait encore à la télévision de lier intimement divertissement et intelligence avec sobriété, discrétion. Son regard pouvait même passer pour de la légèreté et de la facilité ; nous étions loin alors des repères lourdingues qui envahissent notre univers aujourd’hui où tout est montré, et si peu suggéré, laissant à la fin ce goût si particulier de la vacuité de l’imagination.

Durant mon exercice matinal de revue de presse personnelle, j’ai papillonné d’un article à un autre. Et fut contrariée de lire le papier réalisé par la branche numérique de la maison à qui elle a tant donné. Contrariée car ces lignes aussi informatives qu’elles soient ne reflètent en rien ce que Dame Companeez restera dans l’histoire tant de la télévision que celle du cinéma où elle réalisa peu -mais tellement singulièrement toutefois- en marquant moultes scenarii de son empreinte.

Au delà, et c’est sans doute le plus triste, de ce texte ne point en aucune façon son sceau qui a impreigné le féminisme pluriel des années 80, en digne héritière de celles qui avaient cogné plus fort. Sa façon étonnante et qui résonnait tant, de raconter les femmes, leur vie, leur chemin, leur âge, au travers de l’histoire du 20ème siècle.

Ce article en forme de communiqué de presse informatif ne rend en rien ce qui fut et restera cette femme. Il est dans la logique de l’absence d’annonce d’une quelconque rediffusion (jusqu’à plus ample informé) : qui sait, sa grammaire visuelle, son engagement, son histoire qui perle au fil de ses réalisations, auraient pu inspiré des jeunes, filles ou garçons. Mais l’univoque, le moule dans lesquels nous évoluons, les repères du modèle dominant que nous connaissons, et subissons souvent, sont à l’opposé de cette finesse qui caractérise son oeuvre.

Rendons au site du journal Belge Le Soir d’avoir su, par la plume de Julie Huon, rendre grâce à cet esprit qui nous a faussé compagnie jeudi.

Vous l’aurez compris. Ce matin je suis doublement triste. Et Simone avait raison, « la nostalgie n’est plus ce qu’elle était »

Un nouveau cheval est une étape importante. Le regard professionnel d’un vétérinaire est important. à voir sur C cheval