Pour des raisons qui me sont propres, et peut être très conjoncturelles, j’ai décidé de garder pour moi mes indignations.

Le choix d’avoir créé un blog personnel, comme ce fut le cas ici, pose parfois question et suppose de se mettre au clair avec ses désirs d’expression. Au départ, j’ai créé ce site avec le désir de retrouver le chemin de l’écriture salvatrice de manière plus ludique et surtout plus facilement au coeur d’un vie professionnelle de nomadisme exacerbé. D’où que je sois, jusque et y compris dans une réunion longue et (n’en déplaise à mon patron) parfois ennuyeuse, il me devenait possible de griffonner quelques lignes. Un ordinateur ouvert face à moi sur une table en U passe plus inaperçu pour la spécialiste du numérique que je suis, qu’un journal intime ancienne génération fût-il sans fleurs sur la couverture ou petit nœud sur la tranche. Car le hasard fait parfois mal les choses et le risque de tomber dans le cucul la praline jamais exclu. Et puis, je m’en confesse ici, ma pudeur naturelle a toujours  modéré fortement ma conviction du pouvoir libérateur de la confidence sans retenue, et ce depuis la fin de mon adolescence. Bref, le risque de désigner un cahier à couvertures cartonnées comme mon meilleur ami est  limité, mais sait on jamais. Emportés par le verbe, on a vu s’emballer des grands de ce monde et dépasser la ligne de la modération. Un aléa dont je me préserve depuis la construction de ce blog en ayant confié l’adresse à de (très) proches ami(e)s. Adresse URL, qui -à moins d’un tremblement de terre médiatique- jamais ne devrait dépasser les frontières de la confidentialité. L’avantage, est de ne pas avoir d’interrogations sur le référencement de mon « œuvre ».

Néanmoins, j’ai fixé dès le départ le cadre de mes interventions. Pour des raisons qui me sont propres, et peut être très conjoncturelles, j’ai décidé de garder pour moi mes indignations. Je voulais un instant, rien qu’un instant renouvelé trouver beauté et intérêt en toute chose et colporter les émotions fortement positives. Je désirais mettre en mots ce que je vivais, raconter mes rencontres, mes découvertes et mes désirs de renouveau. Avec un lien sur le web, je désirais également partager mes lectures sur le net dan sun autre espace que celui que m’octroie Monsieur Facebook. Je souhaitais enfin, pouvoir essayer dans mon coin des applications web le cas échéant. Mais en aucun cas, et je persiste, je ne veux rejoindre la cohorte de ceux et celles qui se croient autorisés à avoir un avis sur tout, avoir surtout un avis quand on n’est pas spécialiste. Car jamais autant le titre du nanar de Jacques Besnard, sorti en 1975. n’a eu d’échos « c’est pas parce que l’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule. » En tête de ce cortège de propos lénifiants, sans fondements de culture auxquels cèdent le plus grand nombre de nos contemporains : L’indignation.

Il est tellement facile d’être indigné(e) !

L’indignation, sentiment communément développé même si les causes en sont souvent diamétralement opposées. L’indignation, réaction abusivement utilisée, où chacun se pense, à l’évidence, mandaté par on ne sait quel pouvoir quasi divin. Et manque de chance, cette indignation qui ne dépassait pas les portes du café-tabac au moment de l’apéro hier se diffuse aujourd’hui grâce aux progrès technologiques. Le web a tant vulgarisé cette propension déjà très partagée -quoi qu’inversement proportionnelle souvent à l’intérêt du propos- mais grâce au ciel encore limitée par des moyens de communications jusqu’il y a peu… Malheureusement le progrès technologique gratouille maintenant là où ça chatouille. Et les démangeaisons sont nombreuses chez nos concitoyens qui jouent des coudes pour crier à la face des autres leurs avis. Le plus souvent ces derniers ne méritent pas plus que l’idée que l’on se fait communément du guano. Empreints indistinctement ou concomitamment d’inculture, d’obsessions quand ce n’est pas de frustrations ou de haines. Il n’est pour s’en convaincre que de lire les commentaires de la plupart des sites ou blogs. Même les plus réputés intelligents. En réalité, une réaction, intelligente, fine, une position renseignée et adossée à un raisonnement, un vrai, sans jugement hâtif, ni raccourci paupérisant, une opinion digne d’attention et enrichissante de surcroît ressemble à un jour où il fait chaud et beau à Brest. Il y en a mais c’est rare. Comme les poissons volants : ils existent mais ce n’est pas la loi du genre.

Ma fonction de journaliste est aussi une couche de savon noir sur le toboggan des risques. Je salue chez la plupart de mes homologues qui arborent la même pose du corps et de l’esprit. Résolument dignes, les pieds écartés, l’un derrière l’autre légèrement, la main sur le cœur qui se veut le signe d’une quête d’honorabilité tout autant que de sérieux pour pontifier en donnant leur avis qu’ils croient le meilleur et le plus averti. A cette évocation je m’en viens à cacher ma profession quand il m’est posé la question. Car eux en plus ne pontifient pas bénévolement. Ils se font payer. Pour une pige identifiée ou dans le cadre de leur profession. C’est sans doute le seul métier où les faisans peuvent d’ailleurs passer pour des spécialistes avec autant de facilité.

Je suis comme les autres, des sujets j’en trouverais facilement. A commencer par le temps qui passe. Et qui nous fait vieillir. C’est vrai, c’est insupportable ! Comme l’alcool qui à peine ingurgité, et en petite dose, se transforme immanquablement pour moi en migraine tenace. Ou bien cette incapacité des autres à me trouver la plus belle et la plus intelligente. Tout cela est indigne. Mais par précaution, parce que même si le ridicule ne tue pas, il faut se méfier, je n’ai pas fini de garder mes indignations pour moi. Ou de les tester sur un ou deux vrais amis… A moins que ce billet ne soit déjà une indignation… On ne peut plus se fier à personne.

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